Ferveur et sécurité : deux enjeux à concilier

ⒸAFP

Suite à une bagarre ayant éclaté entre supporters lors d’un match de la Ligue mexicaine de football, ont été dénombrés 22 blessés, dont 2 gravement. Cet événement fait écho avec le climat de tension dans les stades en France lors des matchs de Ligue 1, depuis quelques mois.

Considérés comme « le douzième homme » dans le football, les supporters sont partie prenante du succès de leur équipe. Bien des joueurs ont su le concéder et savent apprécier que dans les moments de doute, leurs supporters se lèvent et appellent à un élan de fierté, de regain d’énergie, d’envie. 

Au sortir de mesures sanitaires ayant eu pour objet de faire se dérouler les matchs sans fans, c’est un plaisir retrouvé pour les joueurs d’avoir leur public derrière eux, mais aussi pour ce public de pouvoir montrer son dévouement.

Après plusieurs mois où les matchs se sont déroulés sans spectateur, c’est un plaisir retrouvé pour les joueurs d’avoir leur public derrière eux. Plaisir partagé par les supporters, heureux de pouvoir montrer leur dévouement.

Cependant, choisir c’est renoncer. Choisir de faire revenir les fans, c’est renoncer à être en mesure d’assurer une sécurité maximale. Avec ce tableau, quelque peu pessimiste, les enjeux de sûreté et de ferveur paraissent inconciliables. Si le personnel de sécurité a pour vocation de prévenir et maîtriser tout débordement, une telle tâche est des plus délicates lorsque le public peut comprendre plus de 80 000 personnes. Mais au décompte mathématique, à la proportion d’agents de sécurité déployés selon le nombre de personnes assistant au match, on peut opposer la carte de la responsabilisation individuelle. Si on considère que l’Homme est un loup pour l’Homme, il apparaît au moins très optimiste si ce n’est totalement naïf de penser que chacun des supporteurs saura tempérer sa ferveur de sorte à préserver la sécurité de tout un chacun. Ne pas satisfaire ses intérêts individuels, pour les quelques plus électrisés, ne saurait être envisageable. À ce problème s’il en est un – car après tout, peut-être vous lecteur ne tenez pas tant à être en sécurité – les sanctions peuvent constituer une solution.

La solution des sanctions exemplaires

Par le passé, bien des débordements ont eu lieu dans les stades. Au premier plan, on peut penser aux fameux hooligans. Ces supporters extrêmes voire dangereux, qui ont notamment compromis le déroulement normal du championnat anglais suite à la tragédie de Hillsborough en 1989. Suite à cet incident, les stades anglais n’accueillaient plus de public. C’est également la décision qui a été prise par la Fédération mexicaine de football. Cette dernière a ainsi prononcé le déroulement des matchs au stade de l’équipe de Querétaro – théâtre de l’incident – à huis clos, et ce durant un an. La Fédération ne s’arrête pas en si bon chemin, et suspend l’actuelle direction du club pendant cinq ans, jugée responsable du défaut de sécurité de leur stade. Si les conséquences sont plus graves que les récentes tensions dans les stades français, force est de constater la différence de tolérance face aux débordements entre les deux ligues. Se pose ainsi la légitime question de savoir quoi privilégier. Entre pédagogie, sensibilisation d’un côté et sanctions de l’autre, le choix n’est point aisé. Les sanctions prises par la Fédération mexicaine peuvent être justifiées par la gravité de l’incident. Néanmoins, on peut s’accorder sur l’idée qu’on préférera prévenir que guérir. De ce point de vue, les sanctions peuvent, par le sacrifice temporaire de ferveur, permettre de responsabiliser les supporteurs. Responsabiliser ici n’implique pas une prise de conscience des responsables des débordements. Il n’est pas question de susciter chez eux un élan altruiste. Il est plutôt question qu’ils assimilent l’idée que tout acte entraîne des conséquences. Candide serait probablement celui qui espérerait que les responsables considèrent les conséquences de leurs actes sur autrui. En revanche, ne saurait être qualifié comme tel celui qui mise sur la peur de se voir priver de stade, qui naîtrait chez ces derniers. La privation, suivie de la peur d’une nouvelle privation, s’érige ainsi en moindre mal, bien que regrettable.

Par Melvin HAOUZI

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