Berkeley au service des Droits de l’Homme

ⒸVladimir Voronin, AP

Khwaga Ghani (31 ans), accueillie à l’Université de Berkeley, raconte comment elle a fui Kaboul en Août dernier sous la menace des Talibans. Sur les écrans défilent les images capturées sur son smartphone : voitures remplies d’armes, femmes expulsées de leurs bureaux, foule qui se précipite sur les aéroports, familles écartelées dans plusieurs avions. Ceux qui n’ont pas pu fuir sont affamés : ils vendent filles et organes pour se nourrir. Abattus de réalité, nous lui demandons ce que nous pouvons faire. Elle répond humblement qu’elle ne sait pas. “But there is hope, we must never lose hope. I wish one day to return to Kaboul, live there, serve my country and be happy”.

Éric Stover, professeur de la Law School et directeur du Human Rights Center, est né en 1952 en Indonésie. Il fut toute sa vie confronté aux violations des Droits de l’Homme. Dans son pays natal, le gouvernement chassait les communistes Chinois. Il fut emprisonné et torturé en Argentine en 1976 sous le règne du Général Jorge Rafael Videla alors qu’il travaillait en tant que journaliste free-lance. Il s’est battu en Irak. Il a accompagné les enquêtes médico-légales pour identifier les victimes empilées dans les tombes immenses d’Argentine et de Bolivie. Liste non exhaustive des crimes dont il témoigne aujourd’hui ; avec, à chaque fois, le même sentiment de révolte et le besoin d’aider.  

Aujourd’hui, il dirige le Centre des Droits de l’Homme de Berkeley et enseigne comment la science au service de la justice peut aider les victimes et leurs familles. En effet, les tribunaux internationaux font de plus en plus appel aux scientifiques pour prouver crimes de guerre, génocides et crimes contre l’humanité. Éric Stover à vu le besoin se créer et depuis ne cesse de développer le domaine avec humanité et ressource.

Les bienfaits du Human Rights Center

Nombreux et variés, les exploits du Centre des Droits de l’Homme sont mis à l’honneur par l’Université de Berkeley. Par exemple Alexa Koenig et son équipe ont mis au point le Berkeley Protocol on Digital Open Source investigations : le tout premier guide encadrant l’usage et l’exploitation des “open” sources numériques (c’est-à-dire toute information accessible par le grand public sur internet) afin d’en faire des preuves légalement admissibles devant les tribunaux. En 2015, le Centre reçoit le McArthur Award for Creative and Effective Institutions, en reconnaissance de 20 ans d’efforts pour la paix dans le monde.

Les actions de terrain restent celles qui procurent le plus de fierté aux membres du Centre. Éric Stover se souvient de jeunes Ougandaises rejetées de leurs communautés après qu’elles aient été exploitées comme esclaves sexuels. Ils ont donc fondé centres et écoles pour leur donner une éducation et les élever avec soin. Il a vu dans leurs dessins d’enfants brisés les soldats et les armes se transformer en rêves de foyer et de paix.

« Life begins at the end of your comfort zone »

Face aux enjeux du futur, je lui demande comment nous tous, étudiants dans le monde, pouvons choisir et mener nos combats. Conscient qu’être un journaliste free-lance et se glisser au cœur des conflits n’est plus possible aujourd’hui, il me demande : « What are you passionate about ? Do you like to speak, to write, to do maths ? Think of that ». Il me conseille à l’approche d’une autre culture : « Be humble and listen. And read. Meet with people, don’t think you are superior. And be ready for the complexities ». « You don’t have every answer, it takes time to learn ». Il marque une pause et ajoute en souriant : « And drink red wine ». Il finit son interview sur cette phrase poignante qui résonne encore : « Life begins at the end of your comfort zone ».

Par Jeanne BLOCH-ROUDAUT

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