XÉNOGREFFE : COPAINS COMME COCHONS

ⒸFuturasciences

Le 7 janvier 2022, un américain de 57 ans atteint d’une pathologie cardiaque en phase terminale a reçu une greffe de cœur de porc génétiquement modifié. Alors qu’une telle annonce représente une avancée majeure dans le domaine de la transplantation, elle soulève des questions éthiques importantes.

L’opération de la dernière chance

David Bennett se pensait condamné. Cet américain de 57 ans souffrait d’une insuffisance cardiaque terminale ainsi que d’une arythmie. La combinaison de ces maladies le rendait inéligible à une greffe de cœur traditionnelle. Il était impossible pour lui de recevoir tant un cœur humain qu’un cœur artificiel.  Les médecins de l’équipe de chirurgiens de l’Université du Maryland lui ont alors fait une proposition inhabituelle, celle d’une transplantation encore jamais réalisée : une greffe de cœur porcin. L’américain n’est pas le premier humain à bénéficier d’une xénogreffe, autrement dit, à recevoir un organe provenant d’une autre espèce. En 1984, déjà, un nourrisson surnommé « Baby Fae » avait reçu un cœur de babouin, et, moins de dix ans plus tard, en 1992, un malade avait, lui, reçu un foie provenant du même animal. Les deux tentatives avaient échoué. Si la recherche biomédicale a depuis connu des avancées incontestables, pour David Bennett et les médecins de Baltimore, le défi reste immense.

Une prouesse immunologique

En réalité, le principal obstacle au succès d’une telle transplantation s’explique par le phénomène de rejet. Quand on greffe un organe, le corps receveur peut assimiler le tissu à un corps étranger. Notre système immunitaire, comme confronté à un virus, déploie, alors, différentes stratégies pour nous en protéger. Le défi est plus immunologique que chirurgical. Il s’agit de lutter contre notre propre système immunitaire, de le faire taire pour qu’il n’attaque pas le greffon. C’est la vocation des médicaments immunosuppresseurs, découverts à partir des années 1980. Ceux-ci, créés pour lutter contre les rejets, rendent par leur nature même, les patients immunodéprimés. Les greffés sont alors nettement plus susceptibles de contracter une infection fatale comme ce fut le cas lors des xénogreffes précédentes. Afin de pallier cette difficulté, les médecins du Maryland ont innové. Le cœur reçu par David Bennett a été génétiquement modifié, préalablement à la greffe. L’objectif était de faire disparaître directement, à la racine même, le caractère étranger du tissu. Si la greffe de David se révèle être un succès, cette modification génétique permettrait de lutter non seulement contre le rejet mais également contre les chances d’immunodépression.

De l’animal à l’homme

Alors même que David Bennett est toujours sous surveillance post-opératoire, le possible succès de son opération se scande dans les médias. Des voix s’élèvent alors, interrogeant, non pas la prouesse médicale, mais l’éthique de la transplantation d’organes animaux sur des êtres humains. La première accusation, et probablement la plus fréquente, provient des défenseurs des droits des animaux, pour qui, ceux-ci ne peuvent être considérés comme une ressource d’organes pour les hommes. La seconde critique, plus philosophique, appréhende l’abolition de la distinction entre les espèces et le respect de l’ordre de la nature. Le mélange, s’il est possible, est-il souhaitable et dans quelle limite ? Le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE), dans un avis sur l’éthique des xénotransplantations, a mentionné, à ce titre, les risques d’apparition de nouvelles maladies après franchissement de la barrière d’espèce. Le comité conclut, à ce sujet, que doit être établi un bilan préalable entre bénéfice individuel et risque collectif, et surtout que “la recherche de donneurs de greffons transgéniques bien tolérés par l’hôte est encore balbutiante”. Le cas de David Bennett pourrait ainsi être une première réussite mondiale et ouvrir la porte à encore bien d’autres questions. 

Par Zoé BOURDARIE

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