La commémoration du Bloody Sunday : l’Irlande du Nord encore ensanglantée

ⒸCAIN

Dans la deuxième plus grande ville d’Irlande du Nord, l’armée britannique tira à balle réelle sur des manifestants catholiques, entachant l’Irlande d’un bien triste et funèbre épisode sanglant, le 30 janvier 1972. Les catholiques étaient des citoyens de seconde zone, sans les mêmes opportunités pour trouver un emploi ou un logement. C’est une marche pour les droits des catholiques qui s’est transformée en véritable massacre. Même cinquante après, c’est avec colère, tristesse et douleur que certains manifestants témoignent et se souviennent.

Une marche pour les droits civiques des catholiques

« C’était un bel après-midi d’hiver, il faisait froid mais grand soleil, ce qui est assez rare à Derry ». Lorsque Joe Mckinney, manifestant, se rendit sur la pelouse du quartier de Creggan, marqué par la division territoriale entre la communauté catholique et protestante, il fut surpris par la taille de la foule présente. Près de 20 000 personnes étaient rassemblées, prêtes à faire valoir leurs droits. Le gouvernement nord-irlandais avait pourtant interdit toute manifestation entre les catholiques nationalistes, partisans d’une Irlande réunifiée, et les protestants unionistes, fidèles à la couronne britannique. Vers 15 heures, un long cortège s’engagea dans une atmosphère joyeuse. Un sentiment d’unité régnait, la foule chantait en concert “We shall overcome”. Paradoxalement, l’insouciance des manifestants semblait se marier avec la méfiance qu’ils entretenaient envers les soldats britanniques présents sur place.

Cela n’a pas empêché la foule de s’engager sur Williams Street, pour rejoindre le centre-ville, pénétrant le territoire du groupe paramilitaire nationaliste de l’armée irlandaise républicaine (IRA). Elle croisa un barrage militaire ce qui détourna sa trajectoire sur Rossville Street. Pourtant, des bruits de tirs retentirent. Liam Wray, manifestant, raconte « ça ne m’a pas inquiété : on était dans une marche pacifique et l’émeute, au bout de Williams Street, s’est calmée en une dizaine de minutes. Comment aurait-on pu se douter qu’ils allaient se mettre à abattre des manifestants ? ».

Un épisode sanglant

Ce sont en réalité un régiment de parachutistes et des véhicules blindés qui déboulèrent sur Rossville Street. Des manifestants, paniqués, se sont mis à courir. « J’ai vu le garçon s’effondrer ». Le grand frère de Gerry, âgé de dix-sept ans, vient de recevoir une balle dans le dos et devient la première victime du Bloody Sunday. Finalement, ce fut une véritable tuerie qui embrasa l’Irlande du Nord. Quatorze manifestants furent assassinés, dont sept adolescents. « Ce n’est que le soir qu’on a compris l’ampleur du massacre ». Toute la communauté catholique fut touchée, aucune mère ne s’attend à revoir son enfant revenir d’une marche pacifique dans un cercueil. Certains s’empêchèrent de rejoindre l’IRA pour ne pas infliger la même souffrance à d’autres parents. D’autres prirent les armes, « s’ils devaient être abattus en militant pour leurs droits, ils préféraient le faire une arme au poing ». Le Bloody Sunday exacerba les tensions entre les communautés protestantes et catholiques.

Cinquante après, un événement encore présent dans les esprits

Des proches des victimes réclament encore, cinquante ans après, la condamnation des soldats qui tirèrent sur la foule. Après une première enquête bâclée, il faudra attendre une seconde investigation en 2010 pour que l’innocence des victimes soit officiellement reconnue. En hommage aux victimes, le slogan « there is no British justice » fut installé sur l’entrée du « Derry libre ». Mais les tensions communautaires étant encore très vives, un drapeau des parachutistes fût hissé dans un quartier loyaliste de la ville, créant l’émoi. Cette commémoration annonce ainsi des élections locales en mai sous tension, où unionistes et républicains bien qu’ayant lâché les armes en 2022, s’affrontent toujours aussi fort sur le plan politique.

Par Emma BRAVI

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