Chèques carburants : Au carrefour entre transition écologique et flambée des prix des énergies

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Le jeudi 21 octobre 2021, le Premier ministre Jean Castex annonce, non pas une baisse des taxes, mais une nouvelle aide à hauteur d’un chèque de 100 euros pour près de 38 millions de français. La raison ? Une flambée des prix de l’énergie causée par la reprise économique mondiale après la crise liée au Covid 19.

La flambée des prix de l’énergie

Depuis le début de 2019 et selon la Commission de régulation de l’énergie, les prix du gaz ont augmenté de 15,8% faisant ainsi exploser le prix du mégawattheure à 79,31 euros. Un record historique du prix du gaz sur le marché européen ! Relancer les centrales à gaz, après que les producteurs aient mis en pause leur production pendant la crise, prend du temps. La Russie limite également très fortement ses exportations sur le marché européen en raison de l’incendie, cet été, de l’un des deux canaux de distribution russe. Résultat : Boom le prix du gaz…

Cela ne va pas dans le sens d’une diminution du prix de l’électricité. En Europe, le prix du mégawattheure est établi sur le coût de production de l’électricité par la dernière centrale thermique appelée en cas de pic d’activité. Les réseaux électriques européens étant reliés les uns aux autres, la dernière centrale, pour la France, se situe en Allemagne et fonctionne … au gaz bien sûr! Les prix du gaz se répercutent donc sur ceux de l’électricité et le mégawattheure atteint ainsi 196 euros.

Par ailleurs, les deux carburants les plus vendus de France, le gazole et le sans plomb 95 ont progressivement et respectivement augmenté de 13% et 15% depuis le début de l’année 2021. Cette hausse s’explique essentiellement par la progression des cours mondiaux du brut ; les producteurs ont tardé à remettre les barils sur le marché et la production aux Etats-Unis est encore affectée par le passage de l’ouragan Ida dans le golfe du Mexique.

Un chèque bienvenu en période électorale mais soulevant les enjeux de la transition écologique

Cette hausse des prix de l’énergie première a donc impacté le pouvoir d’achat des français. Le président Emmanuel Macron a donné beaucoup de pouvoir d’achat durant son mandat, et il serait fâcheux que la fin de son mandat en soit marquée par une baisse, surtout en période d’élection présidentielle. C’est pourquoi, l’économiste Thomas Piketty et le journaliste Dominique Seux, ont analysé cette politique économique comme « un chèque électoral » à l’heure où la dette publique s’élève à 114,9% du PIB.

Dominique Seux a même été beaucoup plus véhément à l’égard de cette conduite politique. « On marche sur la tête, nous sommes dans un monde de fous ! C’est la victoire totale du ressenti et non la victoire du raisonnement ». Par ces mots, il analyse cette enveloppe comme l’instrument d’une anti taxe carbone à l’aune de la COP 26. Si l’amortissement de la hausse du prix de l’énergie de demain, celui de l’électricité, peut paraître compréhensible, il en est beaucoup moins pour le soutien de la hausse du prix du carburant au regard des exigences de la transition écologique. En définitive, une politique économique jouant sur les prix est une vision de court terme. Il estime que la politique économique de la transition écologique, doit se mener au niveau des réglementations et passer par une politique de redistribution des ressources sur la base d’un barème de revenus graduel afin d’assurer un filet de sécurité pour les ménages les plus démunis face à la transition écologique. 

Par Emma BRAVI

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