Un vent de révolte en Russie ?

© Le Bolchevik de Boris Koustodiev

Au pouvoir depuis plus de vingt ans, Vladimir Poutine semble indétrônable. Pour autant, l’opposition -caractérisée par la figure d’Alexei Navalny- fait de plus en plus de bruit dans la capitale moscovite. En Russie ou à l’international, une même question s’esquisse sur toutes les lèvres : le régime poutiniste peut-il s’effondrer ? 

Depuis son avènement en 1999, Poutine n’a cessé de repousser les limites de son pouvoir. Dernier épisode en date : la réforme constitutionnelle lui permettant de rester président jusqu’en 2036. Cette mesure va de pair avec tout un arsenal législatif qui vient d’être voté dans le but de réprimer tout mouvement de contestation. Cependant ces dernières mesures ne vont pas sans traduire une crainte par le pouvoir en place que l’on pourrait caricaturalement résumer en un mot  : Navalny. 

Une voix de plus en plus audible 

L’opposition étant étroitement muselée en Russie, internet est le seul endroit qui n’est pas contrôlé par le régime. C’est donc là que les voix dissonantes s’élèvent. Parmi elle, celle d’Alexei Navalny qui fait désormais figure d’opposant numéro 1 à Poutine. Sur sa chaîne Youtube, ses vidéos sont regardées par plus de 20 millions de personnes (soit 15% de la population russe).

Si la voix de Navalny porte, elle est aussi entendue. Pour preuve, cent mille personnes répondent à son appel à la manifestation le 23 janvier. Sa dernière vidéo aurait été visionnée par plus d’un russe sur quatre, ce qui atteste de l’audience dont il bénéficie, après la tentative d’empoisonnement dont il a été victime il y a quelques mois.

« Le peuple russe qui décidera »

L’empoisonnement en août 2020 et l’arrestation de Navalny dès son retour en Russie le 13 Janvier ont suscité l’indignation à l’international. Immédiatement l’Union Européenne a adopté des sanctions à l’encontre de la Russie. Correspondante pour The Atlantic, Rachel Donnadio s’interroge : « Ces sanctions deviennent un peu un geste symbolique. Mais qui a réellement le pouvoir de pousser contre la Russie ? »

Trop dépendants sur le plan énergétique -à l’instar de l’Allemagne empêtrée dans le projet de construction du gazoduc Nord Stream 2- l’UE n’est pas en mesure de s’opposer à Poutine. Si le salut doit venir de l’international, celui-ci sera nécessairement américain. Mais il est peu probable que Joe Biden, fraîchement élu et qui a fort à faire en matière de politique intérieure, fasse bouger les lignes.

Pourtant si Poutine ne se sent pas menacé, pourquoi ces tentatives frénétiques de museler la voix de l’opposition ? 

En réalité, les craintes du Kremlin peuvent être résumées en un point principal : la capacité de Navalny à créer de l’agitation, à éroder la base du pouvoir. Si Poutine est encore très majoritairement soutenu par les Russes, les 68% d’opinions favorables dont attestent les sondages de Novembre dernier sont loin des 90% de soutien dont il bénéficiait en 2015. 

L’action de l’équipe de Navalny s’inscrit dans une stratégie de secousses qui pourraient avoir un écho à la Douma ou dans les chaumières russes. Si la remise en cause du pouvoir personnel de Vladimir Poutine est loin d’être à l’ordre du jour, il flotte un parfum de contestation nouveau à Moscou.

Le grand reporter Patrick de Saint-Exupéry résume l’enjeu : « C’est le peuple russe qui décidera. Ça a toujours été comme ça en Russie. Navalny a tout compris, il est en train de gagner le peuple russe à sa cause. »
Suffisant pour pousser un parti au pouvoir depuis plus de 20 ans à s’écrouler tel un colosse aux pieds d’argiles ?

Par Théo Mouraby

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