#SciencesPorcs, pour que la loi du silence cesse son règne

©Twitter Sciences Po Bordeaux

Dans la continuité de l’affaire Duhamel, les langues se délient autour des violences sexuelles subies par des étudiant.e.s dans les Institut d’Etudes Politiques. Que les agresseurs soient des élèves ou des professeurs, les victimes soulignent l’omerta des administrations.

Un afflux massif de témoignages

Le premier témoignage est publié le 23 janvier, sur un groupe Facebook d’étudiant.e.s de Sciences Po Bordeaux.  Dans ce témoignage, la victime fait part à la fois des violences sexuelles subies, et de l’incapacité de l’établissement à gérer la situation. Sur ce même groupe, de nouveaux témoignages viennent rejoindre les propos du premier. Le 27 janvier, une lettre ouverte est publiée, qui résume la situation à Science Po Bordeaux. “Cette administration, sourde, n’agit que de façon symbolique. Elle préfère le maintien d’une prétendue réputation. Elle n’a qu’un mode par défaut : marche, ou crève, et ce pour le maintien d’une prétendue excellence”, déplore-t-elle. Juliette, une étudiante en deuxième année de Sciences Po Toulouse, se confie dans une lettre ouverte, en décrivant le calvaire qu’elle a subi pendant et après son viol : les insultes, les humiliations… Elle se confie dans celle-ci sur la peur de parler dans un environnement hostile pour les femmes : “Les victimes ont peur de parler. […]. On a peur des représailles, on a peur des violences, on a peur des hommes. Sciences Po est un monde d’hommes : CRIT, ultras, sportifs : les hommes brillent et les femmes sont reléguées dans l’ombre”.

Le 4 février, Libération publie une enquête sur des cas d’agressions sexuelles ou de viols au sein de l’IEP de Bordeaux, dans laquelle les victimes pointent à nouveau du doigt l’administration. Le hashtag #SciencesPorcs est lancé le 8 février sur Twitter. Sur son compte Instagram @memepourcoolkidsfeministes, la militante féministe Anna Toumazoff relaie des témoignages et décortique la situation. “On est sur des écoles qui se veulent souvent profondément à gauche, profondément progressistes où les élèves sont supposés être l’élite de la nation, les plus intelligents, les plus woke, les plus déconstruits. Dans les faits, il n’en est rien, il y a des ordures, des violeurs – et les écoles préfèrent bien gentiment fermer les yeux et laisser en place ces dynamiques”, soutient-elle. Ce sont ces mêmes agresseurs qui rejoignent par la suite la classe politique, en toute impunité. 

Les réponses des IEP

La multiplication des témoignages, touchant désormais toutes les IEP, a entraîné des réponses des IEP elles-mêmes. En réponse au témoignage de Juliette, une mission d’enquête a été organisée le 1er et 2 mars à Sciences Po Toulouse. Son objectif est d’évaluer les moyens mis en place pour endiguer les violences sexuelles. Un collectif de chercheuses de l’IEP de Toulouse, craint toutefois que cette enquête n’aboutisse à rien. L’enseignement supérieur a cherché à résoudre le problème des violences sexistes et sexuelles par le biais de cellules de veille notamment. Yves Deloye, le directeur de Sciences Po Bordeaux qui s’est exprimé sur BFMTV, regrette que la plupart des témoignages ne parviennent pas à l’administration. Pour le directeur de l’IEP de Grenoble, Pablo Diaz, les cellules d’écoute ont failli, et il cherche à ouvrir un dialogue avec les associations féministes. Les militantes féministes appellent toutefois les écoles à reconnaître un problème systémique dans leur fonctionnement, en cessant de voir ces agressions comme des affaires personnelles entre étudiant.e.s.

Par Isabelle CARRERE

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