Terrorisme au Sahel : une crise humanitaire grandissante

© Soldats de la Force des Nations unies au Mali (Minusma) dans le village peul détruit de Sadia, dans le centre du Mali, le 5 juillet 2019; Marco LONGARI [AFP]

Burkina Faso, Mali, Niger, Tchad, Mauritanie, Soudan : depuis les années 2000, les groupes salafistes djihadistes n’ont de cesse de sévir dans les pays du Sahel. Si le Burkina Faso, le Mali et le Niger semblent les plus touchés par ces attaques terroristes, éradiquer la menace djihadiste ne reste pas moins un objectif national, voire même international.

Alors que le bilan en 2019 s’élève à plus de 4000 morts dans les 3 pays cités précédemment selon Mohamed Ibn Chambas, représentant de l’ONU au Sahel, la situation semble désespérée face aux attaques terroristes incessantes. 

Un mois de janvier particulièrement meurtrier pour la région des trois frontières

Au Burkina Faso, où 1800 personnes ont péri dans les conflits terroristes l’année passée, les attaques djihadistes sont récurrentes. Le 20 janvier 2020, pas moins de 36 civils connaissent la mort au cours d’un assaut perpétré par des groupes terroristes dans un marché du village de Nagraogo et dans le village d’Alamou. Moins d’une semaine plus tard, 39 hommes sont exécutés dans le village de Silgadji. En réaction, le Parlement du pays décide alors d’adopter à l’unanimité une loi autorisant le recrutement de volontaires locaux pour surveiller, protéger et informer dans la lutte contre les djihadistes. Au Niger, le bilan de ce mois de janvier est d’autant plus déplorable : 89 militaires nigériens tués à Chinégodar près de la frontière malienne. L’attaque a été revendiquée par l’Etat Islamique au Grand Sahara (EIGS) qui sévit depuis plusieurs années dans la région des trois frontières et au Sahel plus généralement. Par un communiqué, L’Etat islamique assure avoir « brûlé les casernes » et emporté « un butin de véhicules, des armes et des munitions ». Au Mali, outre le matériel militaire dérobé, 19 militaires ont été tués par les forces islamiques ce 26 janvier 2020 après l’attaque d’un camp de gendarmes. 

Les enfants premières victimes du terrorisme

Si au Sahel diverses catégories de personnes subissent l’offensive djihadiste, la situation des enfants semble la plus alarmante. L’Unicef déplore 277 enfants tués ou mutilés au Mali durant les 9 premiers mois de l’année 2019. « Des centaines de milliers d’[enfants] ont vécu des expériences traumatisantes » souligne Marie-Pierre Poirier, directrice régionale de l’Unicef. Blessés, tués, abusés sexuellement, comme le rappelle cette dernière, les enfants subissent également la déportation : en 2019, environ 1,2 million de personnes ont été déplacées, plus de la moitié était des enfants. Dans son rapport du 27 janvier, l’Unicef dévoile un constat inquiétant : près de 5 millions d’enfants seraient dans le besoin d’une aide humanitaire dans la région des trois frontières. Outre l’éducation scolaire bafouée, l’insécurité grandissante dans la région a des répercussions sanitaires graves. L’accès aux soins est limité favorisant la contraction de maladies comme le paludisme et la rougeole responsables de mortalité infantile. La malnutrition est grande : elle atteint 6% dans certaines régions du Burkina Faso surpassant le seuil d’urgence fixé à 2%. 

La France au coeur de la lutte anti-djihadiste

Si la France déplore la perte de 41 de ses hommes au Sahel dans le cadre de son opération Barkhane destinée à la lutte contre le terrorisme sur ce territoire, le Président Emmanuel Macron a annoncé lors du sommet à Pau du 13 janvier vouloir se focaliser sur la zone des trois frontières dans le combat contre les forces de l’EIGS. A cette occasion, le Président avait annoncé un renfort de 220 soldats français. Il a depuis décidé d’envoyer 600 soldats supplémentaires portant les forces françaises sur place de 4500 militaires à 5100. Dans cette optique d’anéantissement des attaques djihadistes, d’autres pays devraient suivre l’exemple de la France comme la République tchèque qui a annoncé vouloir déployer 60 soldats au sein de Barkhane.  

Un désengagement prochain des forces américaines ? 

Face à cette initiative de renfort française, l’armée américaine déployée, pourtant essentielle dans ses missions de surveillance et de renseignement, est marquée par un avenir incertain. En effet, le gouvernement américain prévoit, selon le New York Times, un désengagement militaire de ses quelques 7000 soldats actuellement en patrouille en Afrique. Quel sera alors le devenir de l’appui militaire américain ? Le doute subsiste. Si selon la même source les menaces chinoises et russes expliqueraient cette volonté de désengagement militaire, le général Stephen Townsend a tout de même précisé qu’il s’agirait d’un « repositionnement » et non pas d’un désengagement total des forces américaines au Sahel. Dans cette optique, le Pentagone a également exhorté les pays européens à aider la France en Afrique. Le retrait de l’armée américaine n’étant vraisemblablement pas à l’ordre du jour, Mark Esper, secrétaire d’Etat à la Défense, a cependant évité de prendre un tel engagement envers Paris à l’occasion de sa rencontre avec son homologue français Florence Parly.

Par T.Perreur

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