L’affaire Khashoggi : un fait divers aux tournures politiques

©Caricature de Schot, De Volkskrant, Netherlands

Après deux mois de suspense digne d’un feuilleton policier, l’affaire Khashoggi est à ce jour irrésolue. Les diverses hypothèses de scénario s’affinent par de nouvelles révélations ciblant l’Arabie Saoudite, au cœur de l’affaire.

C’est dans le cadre d’un rendez-vous administratif ordinaire que Jamal Khashoggi s’est rendu au consulat saoudien, le 2 octobre dernier, à Istanbul. Il n’en n’est jamais ressorti. Les polémiques se développent, accusant en premier rang le pouvoir saoudien d’avoir commandité l’assassinat du journaliste. Démentant les accusations faites à son égard, Ryad assure que J. Khashoggi a bien quitté les lieux par la suite. Pourtant, de nombreux éléments ne cessent de remettre en cause ces affirmations. Selon le journal Le Monde, « Les enregistrements audio et vidéo détenus par Ankara révèlent un interrogatoire qui aurait mal tourné » mais l’affaire reste à ce jour incomplète.

Un journaliste qui dérange

Âgé de 59 ans, Jamal Khashoggi est rédacteur en chef de deux journaux saoudiens lorsqu’il décide de quitter son pays. Nul ne fait aucun doute que la liberté d’expression est encore limitée dans bien des pays. Le dernier article publié dans le Washington Post, dont l’auteur n’est pas inconnu aux yeux de l’Arabie Saoudite, critiquait la dérive du régime saoudien provoquée par le prince héritier Mohammed Ben Salman (appelé MBS). N’hésitant pas à contester ouvertement la politique de son pays à la politique parfois totalitaire, le journaliste saoudien est contraint de s’exiler aux États-Unis en septembre 2017. Mais pour « un journaliste que l’on a présenté un peu vite comme un ardent partisan, voire un martyr de la liberté d’expression » comme le déclare Emmanuel Razavi, grand reporter, il n’a pas été manqué de souligner son rattachement à l’idéologie des Frères Musulmans. L’appartenance à ce mouvement (Ndlr : aux origines égyptiennes fondé en 1928 par Hassan el-Banna) revendiquant la mise en place d’un État islamique que « MBS s’est efforcé de mettre à bas » a contribué au départ du rédacteur en chef.

Une médiatisation aux conséquences géopolitiques

Cette affaire a d’autant plus de retentissements qu’elle a d’impacts au regard des autres États. Le Président turc, Recep Tayyip Erdogan se retrouve ainsi dans une position favorable pour accéder au rôle de leadership du monde musulman « faisant – presque – oublier ses propres dérives sur le plan intérieur » recueille E. Ravazi lors de son interview avec Roland Lombardi (spécialiste en relations internationales) pour le site RT France (Ndlr : Russia Today est un média affilié au Kremlin). Pour le président américain Donald Trump, c’est une méfiance qui se développe à l’égard de son plus grand allié du Moyen-Orient. Le Congrès n’hésite pas à faire pression sur la possibilité d’éventuelles sanctions économiques et militaires, rappelant ainsi à l’ordre MBS engagé dans une guerre au Yémen. De leur côté, la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne se sont réunis au sein d’une déclaration commune afin d’éclairer rapidement cette affaire. La chancelière allemande Angela Merkel a par ailleurs annoncé ce dimanche 21 octobre la suspension d’exportations d’armes au pays saoudien ce qui ne fait pas l’unanimité au sein de l’Europe. Pour Emmanuel Macron, la continuité de ses ventes se justifie dans la mesure où il n’y a «rien à voir avec Jamal Khashoggi ». Les révélations à venir sur l’assassinat du journaliste pourraient sans doute faire peser la balance.

Par S.Gros

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