Egypte : Les gilets jaunes inquiètent al-Sissi

©RFI

Au même moment où la France faisait face à l’ « Acte VI » des gilets jaunes, ce mouvement de protestation connaît un succès notoire sur le pourtour méditerranéen. En Égypte, le gouvernement d’al-Sissi tente de réguler le mouvement en restreignant, voire en interdisant la vente de gilets jaunes. 

Pour éviter des débordements semblables à ceux survenues à Paris, Le Caire a décidé de tout bonnement interdire la commercialisation de gilets jaunes. Les autorités locales ne l’affirment pas expressément, mais plusieurs enseignes d’équipement automobile auraient reçu l’ordre de ne plus vendre de gilets jaunes au grand public. Concrètement, le Président al-Sissi, arrivé au pouvoir en 2014, interdit tout type de manifestation au nom de l’ordre public. Pour ce faire, le gouvernement n’hésite pas à diffuser des scènes de pillage et de casse survenues à Paris, afin d’éviter tout soulèvement populaire. Le Caire entend ici endiguer un éventuel attroupement de masse. 

Le but pour al-Sissi est de parvenir à étouffer le mouvement afin d’éviter une manifestation de masse à l’occasion du huitième anniversaire de la révolution égyptienne du 25 janvier 2011, qui avait abouti à la destitution d’Hosni Moubarak après de tumultes manifestations. 

Freiner la contagion du mouvement par tous les moyens

En Egypte, le mouvement des gilets jaunes n’est pas qu’un simple groupe dissident. C’est aussi et surtout un groupe terroriste en devenir, si l’on en croit le gouvernement. En effet, le 12 décembre dernier, Mohamed Ramadan, avocat égyptien, s’est vu arrêté par la police pour…détention de gilets jaunes. Le principal chef d’accusation retenu contre lui tient à l’appartenance à un groupe terroriste, en référence au mouvement des gilets jaunes. Cette arrestation arbitraire n’est pas isolée. Selon des représentants de l’Etat que nous avons contacté souhaitant rester anonymes, l’interdiction informelle de la commercialisation de gilets jaunes sera effective jusqu’à la fin janvier 2019. 

Dans les faits, les grossistes et divers importateurs doivent demander une autorisation spéciale auprès du commissariat locale pour commercialiser ces produits. Dans la plus grande majorité des cas, aujourd’hui, en Égypte, l’achat de gilets jaunes passe par le commerce illégal. Les Egyptiens n’hésitent pas à se procurer ce tissu de la révolte, et n’ont pas peur de vivre une nouvelle rébellion. 

Un pays à bout de souffle 

Rappelons-le, ce remake égyptien des gilets jaunes, est calqué sur le modèle français. Les Egyptiens sont insatisfaits de la politique que mène al-Sissi aussi bien d’un point de vue social et que d’un point de vue financier. De même, les droits de l’Homme sont bafoués. La liberté est extrêmement restreinte à un tel point que l’Egypte se situe 

161ème /180 États en matière de liberté de la presse. Sur le volet économique, le mandat d’al-Sissi est aujourd’hui marqué par une forte inflation (17 % en octobre 2018). L’eau, le gaz, l’électricité, et bien sûr le carburant ne cessent d’augmenter, ce qui cristallise davantage la colère des Égyptiens. 

C’est en cela que les gilets jaunes égyptiens et français se rejoignent, les uns comme les autres ne se sentent pas écoutés par leurs dirigeants. Le 25 décembre 2018, le Président al-Sissi, déclarait : « Dès que j’arrive quelque part, je vois des choses que vous ne pouvez peut-être pas imaginer et je me demande : « Qu’est-ce que c’est ? Qui sont ces gens ? Pourquoi ces gens ne s’occupent-ils pas d’eux-mêmes ? ». La réalité est bien là. Il semble que le président égyptien ne se préoccupe pas réellement de ces concitoyens. 

Un mouvement en pleine expansion 

En France, comme en Egypte, la hausse des prix des carburants, véritable casus belli du peuple envers le gouvernant n’est aujourd’hui qu’un des facteurs de protestation. Le mécontentement se généralise sur l’ensemble de la sphère économique et sociale. Ce mouvement prend tant d’ampleur, qu’un phénomène de globalisation des gilets jaunes est aujourd’hui en marche. Si l’on reste au Moyen-Orient, en Israël, des gilets jaunes ont manifesté à Tel Aviv le 15 décembre en réponse à la hausse des prix imposés par le gouvernement Netanyahu. Reste à savoir comment les différents dirigeants vont réagir à ce cri des peuples, qui ne se sentent plus écoutés. 

Par M.B Strauss

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