Bruxelles, capitale européenne du lobby

© corporateeurope.org

Economie, santé, environnement… Les lobbies occupent aujourd’hui une place prépondérante à Bruxelles, autant dans les décisions que dans le paysage de la ville, leurs bureaux encerclant la Commission européenne. 

Selon une étude YouGov réalisée en septembre, 4 français sur 5 jugent que les lobbies ont trop d’influence sur la politique. Mais le lobbying est une activité légale, qui relève même pour certains membres du corps politiques européens d’une expression légitime, voire d’une nécessité. Parce que ces groupes d’influence émettent des rapports scientifiques qu’ils publient dans des revues spécialisées, ils sont à la base des propositions de loi des décideurs, qui, par manque de temps et de moyens, ne peuvent réaliser d’études indépendantes. C’est dans cette perspective que 25000 à 30000 lobbyistes sont présents à Bruxelles, soit environ un par fonctionnaire de l’Union Européenne, afin de défendre leurs intérêts avant même que le projet de loi ne soit sur la table.

Le lobby : influence ou acteur à part entière ?

En novembre 2017, l’Union Européenne a renouvelé l’habilitation du glyphosate, produit phare de la firme Monsanto, pour 5 ans supplémentaires. Une étude du CIRC (Centre International de recherche sur le Cancer), institut indépendant, alertait sur la dangerosité de la substance. Seulement l’EFSA (Autorité Européenne de Sécurité des aliments), émettait l’avis contraire et c’est sur cette analyse que l’Union Européenne a choisit de se fonder. Il a été révélé par le chasseur de plagiats autrichiens Stefan Weber et le biochimiste Helmut Burtscher que 70% du rapport de l’EFSA est un simple copié-collé du dossier d’homologation du glyphosate transmis aux autorités européennes par Monsanto et ses alliés industriels, constituant la Glyphosate Task Force.

Le 20 mars 2015 le journal britannique Sunday Times révèle comment trois journalistes, se faisant passer pour des lobbyistes, avaient pu proposer de douze milles à cent mille euros à un député européen pour que celui-ci dépose un amendement. Il semble donc que la pratique soit courante et il est légitime de se demander comment l’intérêt général peut être défendu quand la défense d’intérêts privés emploie ce genre de moyens.

Un contrepoids existe t-il ?

Une autre forme de lobbying existe : les ONG de défense des femmes, des animaux, de l’environnement ou de protection des consommateurs sont aussi présentes à Bruxelles, occupent des bureaux et essaient de peser sur les projets de loi. Jusque-là, rien ne les différencie des lobbies industriels. Malgré tout, ces ONG sont beaucoup moins nombreuses que les entreprises et surtout n’ont pas le même poids financier. Selon une enquête CEO, seulement 10% des lobbyistes bruxellois sont des ONG contre 70% pour le secteur privé. Les budgets que se réserve chaque groupe d’influence pour financer le lobbying ne sont pas les mêmes, les entreprises investissant largement plus que les ONG à ce niveau.

Depuis 2005 cependant, l’ALTER-Union Européenne, un regroupement d’ONG européen, se bat pour plus de transparence sur ces pratiques. Trois ans plus tard le « transparency register » regroupant un certain nombre de lobbies, voit le jour. Mais il y a encore un « mais » : l’inscription à ce registre n’est pas obligatoire et un certain nombre de groupes ne s’y sont toujours pas inscrit. Malgré cette mauvaise foi, ils peuvent tout de même rencontrer les députés européens. Encore une fois, la tolérance de l’Union européenne face à ce phénomène laisse perplexe.

Par C.Miloua

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