Les secrets d’Emile Ajar

©Radikal

« C’est là que je viens me cacher quand j’ai peur.

– Peur de quoi, Madame Rosa ?

– C’est pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur, Momo.

Ça, j’ai jamais oublié, parce que c’est la chose la plus vraie que j’aie jamais entendue ».

En 1975 Emile Ajar, remporte le prix Goncourt pour son roman écrit en moins d’une semaine : « La vie devant soi ». La vie devant soi, c’est la découverte d’une histoire d’amour pas comme les autres entre Momo, un enfant d’immigré de 14 ans et Madame Rosa, ancienne prostituée et déportée juive, connue dans le quartier pour recueillir les enfants de prostituées abandonnés. 

A la rencontre du Belleville de l’époque, de la souffrance des déportés et des trottoirs de Pigalle pleins à craquer, Emile Ajar parvient étrangement aussi bien à faire rire qu’à faire couler les larmes sur les joues. 

Cette schizophrénie émotionnelle au fil de la lecture lui fit remporter le Graal sous le nom d’Emile Ajar. Personne n’avait jamais eu le Goncourt deux fois. Car Emile Ajar c’est aussi Romain Gary. C’est le pseudo de l’écrivain franco-russe le plus connu de sa génération. Personne, jusqu’au suicide de Romain Gary en 1976, ne savait qu’Emile Ajar et lui ne formaient qu’un. 

Si la grande époque Gary le fait vivre dans les années 50, son mariage heureux et ses succès perdent de leurs saveurs et en viennent à disparaître. Divorce, lassitude, inspiration littéraire en berne : l’auteur cherche un renouveau, Emile Ajar en est la parfaite cachette.

Le mystère de la plume 

Gros câlin et La vie devant soi sont de francs succès. Ils déchaînent les questions et les passions, la presse s’agite, mais personne n’a jamais vu le visage de la plume derrière les pages. Romain Gary souhaite rassasier les curieux et demande à son cousin Paul Palovitch de l’incarner. Sa photo fera le tour des dîners et des journaux : Emile Ajar a enfin un visage. 

En 1975, La vie devant soi remporte le Goncourt et, pour la première et unique fois de l’histoire, le même auteur est récompensé deux fois par ce titre mythique. Un an plus tard, Romain Gary se suicide et le mystère est dévoilé à la France entière par un son cousin en direct du journal télévisé.

Sa femme, Anne de la Baume raconte qu’elle n’avait jamais été au courant, malgré la première phrase du livre : « Pour Anne… »

Emile Ajar ou Romain Gary : et alors?

Aujourd’hui la vie devant soi a été adapté au cinéma et son manuscrit se vend aux collections Aristophil à des milliers d’exemplaires. La vie devant soi, c’est un adolescent de 14 ans qui enseigne la sagesse, une vieille dame qui nous rappelle qu’aimer c’est avant tout accompagner, la beauté dans la dureté et des larmes coulant sur les joues du lecteur jusqu’au point final. 

Cependant, une question demeure, quant à la plus intime intention de Romain Gary : souhaitait-il un renouveau ou voulait-il accomplir l’impossible, recevoir deux fois le prix Goncourt ?

Par A. PASTERNATZKY

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