Populisme: un monde sous haute tension

© Tjeerd

Le 28 octobre dernier, Jair Bolsonaro remporte les élections brésiliennes, confirmant ainsi une percée croissante du populisme dans le monde. Il s’agit en effet d’un exemple parmi tant d’autres qui atteste que le paysage politique mondial tel qu’il était il y a encore deux décennies, a volé en éclats.

Déjà en 2016, Donald Trump fraîchement élu président de la première puissance du monde, faisait craindre un effet boule de neige de l’ultra conservatisme en Occident, et même ailleurs. Aujourd’hui, les idées de Viktor Orban ne sont plus marginales et sont de plus en plus partagées et diffusées en Europe Orientale. En Allemagne, la chancelière Merkel est désavouée au lendemain des résultats régionaux où le parti d’extrême droite Afd (Alternative für Deutschland) entre au Parlement du Land de Hesse. D’ailleurs, Angela Merkel a annoncé ne plus vouloir s’investir dans la vie politique après 2021, fin de son mandat de chancelière.

Le fruit d’un rejet du système : l’ordre international menacé

À l’échelle globale, l’ordre mondial se déconstruit peu à peu sous l’impulsion des puissances qui, jadis, l’avaient unifié. En effet, depuis son élection, Donald Trump s’attache à rendre à l’Amérique sa grandeur, au grand dam de nombreuses zones instables de la planète qui perdent un gendarme du monde, certes critiqué, mais qui était apprécié. La dernière allocution de Donald Trump à l’ONU à ce sujet est éloquente : « L’Amérique préférera toujours l’indépendance et la coopération à la gouvernance mondiale, au contrôle et à la domination. » Il est fait état ici d’une nouvelle doctrine autoritaire, fondée sur un rapport de force, que les régimes les plus populistes du monde de 2018, ne peuvent qu’approuver et suivre.

Un triste rejet croissant d’autrui

La montée du populisme en Europe et dans le monde doit être entendue sous toutes ses formes. La cruauté est parfois oubliée ou occultée. Pourtant, certains États, tels que la Chine à l’égard des Ouïghours, ou de la Birmanie vis-à-vis des Rohingyas, pratiquent une épuration ethnique de plus en plus forte. Au-delà de la cruauté que vivent ces peuples, l’inquiétude est d’autant plus grande que la lutte contre ce nettoyage ethnique ne figure pas dans la priorité des dirigeants occidentaux.

La parole ouvertement xénophobe est aujourd’hui libérée. Les dirigeants populistes l’alimentent. En juin dernier, Viktor Orban déclarait : « nous ne voulons pas nous mélanger avec les autres. Nous sommes bien comme nous sommes ». Parfois, il suffit de rester à l’intérieur de ses frontières nationales pour constater que le populisme est omniprésent.

En France, en 2018, les actes antisémites sont en hausse de 69% au même moment où l’homophobie, et le racisme de masse prospèrent également.

La pensée populiste doit être certes entendue lorsqu’elle émane de vrais problèmes de société, mais ne doit en aucun cas plonger notre monde dans un climat semblable à celui des années 1930.

Le populisme au service d’un monde sans limites

Le monde est en pleine dérégulation démocratique. Les dirigeants autoritaires ne font plus semblant et assoient leur pouvoir en moquant l’ordre établi. En effet, si de prime abord l’affaire Khashoggi et l’arrestation en Chine du président d’Interpol Meng Hongwei, peuvent sembler anecdotiques, elles n’en restent pas moins les symptômes vivants d’un monde qui a muté, et qui est aujourd’hui, cent ans après le premier conflit mondial, dans un état de tension inquiétant.

2018, plus que jamais, aura été le témoin d’importantes personnifications du pouvoir. Si Khashoggi a été assassiné, c’est qu’un ordre de la couronne saoudienne avait été donné. Un homme fort au pouvoir ne peut accepter une tentative de nuance d’opposants politiques ou de journalistes engagés, ces derniers doivent disparaître. Ce « club des hommes forts » comme le mentionne intelligemment nos confrères du Times UK, alimente la peur. Et là est peut-être le pire d’entre tous.

Ndlr : En tant qu’idéologie politique, le populisme désigne une approche qui oppose le peuple aux élites politiques, économiques ou médiatiques

Par M.B. Strauss

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