Manifestation, démission groupée, pétition : jusqu’où ira le vent de protestation en France ?

© Camille MIiloua

Le 3 février, plus de 300 médecins démissionnent de leurs fonctions administratives dans les hôpitaux. La cause de cette vague de colère : les restrictions budgétaires et la surdité de l’Etat face aux cris de détresse des soignants. 

Si la France est connue pour la régularité de ses grèves, un tel vent de protestation pour tout genre de cause est presque alarmant. Serait-il la marque d’une nette opposition à la politique du gouvernement ? Ou assiste t-on, aujourd’hui en France, à une nouvelle manière d’exprimer son mécontentement ? 

Des mouvements d’une ampleur inquiétante 

Jeudi, vendredi…manif, dimanche : voilà comment est rythmée la semaine des français depuis le début du mouvement gilet jaune. Récemment se sont aussi ajoutés les marches pour le climat, les manifestations contre les retraites, les grèves des hôpitaux, des pompiers, des transports, des avocats, des enseignants, des lycéens…. C’est à se demander qui ne fait pas grève. La France est à l’arrêt, et un arrêt d’une longévité record. Depuis le 5 décembre, la manifestation contre la nouvelle loi sur le régime de retraite macronienne n’en finit plus. 

Une étude réalisée par l’institut économique de la fondation Hans-Böckler révèle d’ailleurs que c’est en France que l’on fait le plus grève : pour 1 000 employés, il y a 118 jours par an de grève (dans le secteur privé et les entreprises d’Etat). A titre de comparaison, ce sont 5 jours par an aux États Unis, et 88 en Belgique. Mais même si la France bat des records, la grève n’est plus la seule action collective mise en place pour montrer son mécontentement. Au-delà des actions que l’on pourrait considérer « classiques », telles que les blocages lycéens, les français mettent en place de nouveaux moyens de montrer leur mécontentement. 

Le recul des moyens classiques de revendication 

Une étude de 2016 annonçait que seulement 11% des travailleurs étaient syndiqués en France, contre 30% dans les années 50. Parallèlement, les nouvelles technologies ont favorisé la création de pétitions, et on remarque que les français sont de plus en plus nombreux à s’engager dans des associations ou des ONG. Rappelons-nous, en décembre 2018, quatre ONG lancent la pétition “L’affaire du siècle”. Aujourd’hui, elle comptabilise plus de 2 millions de signatures, et une action en justice a été entreprise contre le gouvernement français. 

Mais même ces moyens semblent ne plus être d’actualité. La France aurait-elle changé sa culture de la revendication ? Des médecins qui démissionnent de leurs fonctions administratives aux jets de robes des avocats, les français montrent leur colère d’une façon inédite. Mais pourquoi ces démonstrations de colère ? Pour Alain Devidas, dans le journal l’Express, il ne s’agit pas seulement de protester, mais aussi de mettre des bâtons dans les roues aux politiques du gouvernement :  « Est-ce que des projets peuvent bloquer si des médecins n’y participent pas, est-ce que des décisions peuvent ne pas être prises si les médecins ne répondent plus ? La réponse est oui”. 

Des démonstrations de force aux résultats flous

Ce climat protestataire n’a pas été vain puisque le Grand Débat National a vu le jour à l’initiative du président de la République. Plus de 10.000 réunions locales ont eu lieu et plus de 27.000 courriers ont été reçus. A l’issue de cette phase de participation, des synthèses ont été publiées puis débattues à l’Assemblée nationale. Reste à voir si ce Grand Débat permettra, à terme, d’apaiser les tensions, même si certains dénoncent un coup de communication politique plus qu’une prise en compte d’un besoin de démocratie participative. 

Mais d’autres revendications n’arrivent pas à se faire entendre ou à obtenir satisfaction : c’est le cas des revendications féministes. Si un grenelle contre les violences faites aux femmes a été mis en place, les associations n’en sont pas satisfaites. « On nous a roulé dans la farine » nous confie Lilas, membre du collectif de collage contre les féminicides de Bordeaux. Et pour cause : le mot féminicide n’est toujours pas inscrit dans le code pénal. On pense aussi au numéro vert mis en place pour les étudiants précaires qui s’est avéré… payant. 

Mais pas d’inquiétude pour le chef de l’Etat : ce climat plutôt instable n’a pas l’air de gêner les investisseurs et les chefs d’entreprise. Le journal Le Monde publiait le 25 janvier 2020 une étude de l’institut Kantar qui plaçait la France en deuxième position (derrière l’Allemagne) dans le classement des pays les plus attractifs.

Par C.Miloua et C.Ursenbach

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