L’église face à la pédophilie : un long chemin de croix

© Le nouvelliste

Le 20 août dernier, dans une lettre adressée au « Peuple de Dieu », le pape François exhortait les fidèles à la « solidarité », pour éradiquer cette « culture de mort » que sont les abus sexuels. Partout dans le monde, l’Eglise catholique est secouée par des révélations d’affaires de pédophilie. Le journal Témoignage chrétien a récemment lancé un appel à la « création d’une commission d’enquête parlementaire » sur le sujet. Autocritique ou enquête externe, les avis divergent sur la méthode à suivre pour faire la lumière sur ces scandales. Avec en suspens, une question : l’Eglise catholique peut-elle se réformer seule ?

« Avec honte et repentir, nous reconnaissons que nous n’avons pas su être là où nous le devions, que nous n’avons pas agi en temps voulu en reconnaissant l’ampleur et la gravité du dommage qui était infligé à tant de vies ». Les mots du pape François sont forts et à la hauteur des révélations qui secouent l’Eglise depuis quelques mois. Partout, l’institution vacille sous le coup d’enquêtes internes et de révélations de la presse, sur des scandales d’abus sexuels qui durent depuis des décennies et touchent des milliers de victimes.

Dans son appel à la création d’une commission d’enquête parlementaire visant à « faire toute la transparence sur les crimes de pédophilie et leur dissimulation dans l’Eglise catholique », le journal Témoignage chrétien dénonce un « système de mensonge organisé au niveau des responsables, c’est à dire des évêques ». La réponse des autorités catholiques à cet appel s’apparente à un « oui mais non », certes compréhensible tant ce fléau touche l’ensemble de la société mais reprochable quand l’on sait que l’Eglise est depuis des années concernée par ce sujet. « L’Eglise n’est pas la seule en cause sur cette question, il s’agit de prendre en compte ce problème dans l’ensemble de la société », juge Mgr Georges Pontier président de la Conférence des évêques de France, dans un entretien à La Croix. Même son de cloche chez d’autres prélats. « L’Eglise ne doit pas devenir le bouc-émissaire », avertit Mgr Luc Crépy, président de la Cellule permanente de lutte contre la pédophilie.

« Oui à la vérité, mais à toute la vérité »

Cette position est partagée par le père Jean Rouet, vicaire honoraire du diocèse de Bordeaux. La priorité, c’est la prise en charge des victimes pour lesquelles la « profondeur des blessures » touche l’identité même. « Dès qu’un cas est signalé, on s’occupe immédiatement des victimes et on retire la responsabilité » de la personne mise en cause. Depuis la création d’une équipe de veille en 2016, deux signalements sont remontés. Pour Jean Rouet, l’appel de Témoignage chrétien est « regrettable » et s’apparente même à une « manipulation ». « Oui à une enquête qui touche ce fléau dans l’ensemble de la société. Oui à la vérité, mais à toute la vérité. Non à la démission de boucs-émissaires », conclut-il.

Cette tonalité ambiguë, tous ne la partage pas. Interrogé par Le Parisien, Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, s’est dit favorable, à la mise en place d’une enquête parlementaire : « Pourquoi pas, bien sûr ! Une commission nationale d’expertise indépendante a été créée par la Conférence des évêques de France en 2016. Mais si ce n’est pas suffisant, il faut faire autre chose »

Auto-critique interne au risque de résultats paraissant en-deçà de la réalité ou enquête externe favorisant l’effet « Spotlight », la méthode pour réformer l’Eglise fait débat. Pour Philippe Clanché, journaliste et collaborateur à La Vie et Témoignage chrétien, « l’Eglise de France, après avoir étouffé les affaires, ne parvient pas à se décider à faire la grande opération de transparence-vérité comme d’autres pays l’ont fait »« En bonne logique institutionnelle, l’Eglise ne veut pas être seule au pilori. Sauf que les chiffres sont accablants », estime le journaliste. L’assemblée plénière des évêques de France qui se tiendra à Lourdes en novembre 2018, sera l’occasion de voir si les abus sexuels « sont le fait de brebis galeuses mal repérées ou d’un système qui a permis pendant longtemps une relation d’autorité prêtres enfants dans laquelle tout était autorisé aux premiers.

« Dire non au cléricalisme »

« Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme ». Source des abus, le cléricalisme est vivement dénoncé par le pape François. Dans sa lettre au « Peuple de Dieu », le souverain pontife en appelle à une nouvelle culture, à une « transformation ecclésiale et sociale » de la part tous les catholiques.

Cet avis est partagé par Francis Ayliès, prêtre à la paroisse Saint Martial à Bordeaux. Favorable à une commission d’enquête, le père Ayliès souligne l’importance de la tradition laïque française, qui, en « enlevant au prêtre sa protection, son intouchabilité », a permis d’atténuer ce phénomène. « Pourquoi se taire ? », s’étonne-t-il. « On se présenterait bien au monde ». La cause de ces réticences selon lui c’est bien la « peur de la perte de pouvoir » qui affecterait l’institution, et le cléricalisme, qui place la loi de Dieu au dessus de la loi des hommes.

Par V.Boiteau

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