Le spectre d’une nouvelle crise économique

©LaCroix

Aux dernières nouvelles, le spectre d’une crise économique prochaine se fait sentir. Le FMI met en garde contre cette possibilité. Un des problèmes majeur de notre monde, c’est la croissance ou plutôt son manque.

Tandis que le FMI espérait une croissance qui augmenterait cette année, celle-ci se stabilisera sûrement à 3,7% (3,9% initialement prévu). La croissance, devenu l’alpha et l’oméga de toute économie étatique, semble s’être imposé de nos jours comme un but indiscutable. Pourtant, si la croissance permet de meilleures conditions de vie, la création d’emplois et le développement, elle peut être aussi, comme l’affirme Sylvie Matelly (directrice adjointe de l’IRIS, l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques), un véritable «facteur de nuisances » et d’effets pervers : hausse du réchauffement climatique, des inégalités, de la spéculation.

Cette course à la croissance, nocive pour l’environnement, ne paraît jamais être remise en question. A l’heure même où des incendies ravagent la Californie asséchée, le président américain tient à relancer l’industrie du charbon. Mais au-delà de cette menace écologique, la croissance est aussi créatrice d’inégalités qui peuvent faire naître un sentiment violent d’injustice chez les peuples. Ces inégalités, qui ne cessent de se creuser, résultent souvent des choix des Etats en matière d’impôts. Thomas Piketty affirme à ce titre qu’il y a « une compétition pour attirer les plus riches, et les classes moyennes et populaires peuvent se retrouver à payer des taux d’imposition plus élevés que les plus riches ». De ces inégalités insupportables peuvent naître des conflits menaçant la paix sociale.

Actuellement, nous jugeons la bonne santé d’un État à son taux de croissance. Après la crise des subprimes de 2007, cette croissance a bien du mal à revenir sur le continent européen. La trajectoire suivie par les Etats, pouvant se résumer par le slogan « tout pour la croissance », semble représenter une fuite en avant devant un vertige de dettes colossales. L’endettement global des acteurs publics et privés confondus ne cesse en effet d’augmenter. Il représente aujourd’hui 220 % du PIB mondial, en hausse de 60 % en dix ans, soit 182.000 milliards de dollars de dettes. 40 % des pays à bas revenus sont par ailleurs en situation inquiétante sur leur niveau de dettes.

La chancelière s’en va, l’Europe dans l’inconnu

Outre-Rhin la chancelière de la première puissance européennes se retire. Le 29 octobre, au lendemain du revers subi par son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), Angela Merkel a renoncé à se représenter à la présidence de la CDU. Elle va quitter la chancellerie après les législatives de 2021. C’est la fin d’un monde, et cela pourrait rendre compliquée la tâche du président français quant à ses volontés de réforme de la zone euro.

Pour autant, cette « sage » décision de la chancelière lui donne plus de libertés. Merkel n’a plus de contraintes, n’a plus à réfléchir sa politique au travers d’objectifs électoralistes. Jusqu’à maintenant, l’Allemagne s’était montré timide dans ce nouvel élan européen initié par son homologue français. L’élection européenne de 2019 tombant à pic, il sera possible de juger prochainement de l’audace dont la chancelière fera preuve.

Ces changements politiques à venir Outre-Rhin peuvent préoccuper les milieux financiers, qui s’inquiètent déjà de la situation de la onzième banque mondiale, la Deutsche Bank. Et pour cause, l’ensemble des indicateurs semblent particulièrement alarmants : suppression de 7.000 postes en mai, amende l’an dernier de 7,2 milliards de dollars aux États-Unis pour son rôle dans la crise des subprimes, trois années de pertes consécutives. L’action de la banque a chuté de moitié depuis janvier. Autant d’indices qui ne rassurent pas, à tel point que les milieux financiers ne préfèrent pas évoquer la situation de cette banque, d’aucuns prophétisant même son implosion. Scénario catastrophe pour la stabilité économique européenne.

L’Italie indomptable

Si dans cette situation économique dangereuse, les Etats de l’Union européenne se serrent la ceinture et souhaitent se protéger par des politiques de réduction de leur déficit, l’Italie ne paraît pas l’entendre de cette oreille : pour la première fois, la Commission européenne a rejeté le budget présenté par l’Italie. Devant répondre tant à l’Union européenne qu’à son peuple, le gouvernement italien est dans une situation délicate, qui fragilise fortement la communauté européenne. En tant que troisième puissance de la zone euro, la sortie de l’Italie pourrait condamner la survie de l’Union européenne.

L’Italie campe sur ses positions et veut s’en tenir à son budget. En réponse, la Commission pourrait lancer officiellement une longue procédure qui pourrait donner lieu à une forte amende. Cela ne s’est jamais produit, mais pourrait survenir. Le vent de la raison voudrait qu’une négociation entre Bruxelles et Rome aboutisse à un compromis. Les marchés financiers pourraient intervenir dans ce bras de fer et mettre sur la pression sur Rome, car ces politiques de relance projetés s’accordent mal avec la situation économique du pays, endetté actuellement à hauteur de 132% de son PIB.

Le Vice-président du Conseil des ministres M. Salvini, principal représentant de ce souverainisme absolu, semble décidé à ne pas respecter les règles européennes. Mais cette désobéissance à l’égard de l’Union européenne pourrait augurer une vague plus générale de contestations à l’endroit de l’Europe. Si l’Italie peut se permettre cet écart budgétaire pourquoi les autres pays membres ne le pourraient-ils pas ? C’est dire l’influence qu’aura la décision de l’Italie sur le futur destin européen.

Trump : « Make economy weak again »

L’économie américaine est actuellement morose, en témoignent les fortes pertes subies par le Dow Jones ainsi que les valeurs technologiques. D. Trump, le showman businessman et président, a donné son avis sur la politique de la FED. Selon lui, la hausse des taux de la FED est une folie, et cette institution veut saper sa politique économique. Pourtant, d’après C. Lagarde, ce relèvement des taux d’intérêts « est nécessaire » pour les économies comme les États-Unis enregistrant une croissance robuste, une inflation accrue et un chômage « extrêmement bas ».

Si ce relèvement est nécessaire, il est aussi inquiétant selon M. Mucherie, économiste de marché à Paris, qui affirme qu’à « chaque fois que la Fed relève ses taux, les marchés ont tendance à penser que ce n’est pas annonciateur d’une accélération de l’économie,  mais plutôt quelque chose de négatif qui signale une fin de cycle. A chaque fois qu’on fait des hausses de taux sans de bonnes raisons, c’est négatif pour l’économie ». Le futur dira si ces hausses successives se justifient par de bonnes raisons. Force est de constater que l’optimisme ne semble pas régner dans un marché empreint d’une extrême volatilité. Enfin, les midterms s’étant conclus par la prise de la Chambre des représentants par les démocrates, il est possible de voir bientôt poindre des blocages sur les questions budgétaires ; une énième incertitude qui rejoint ainsi la longue liste des crispations actuelles présageant les tensions économiques à venir.  

Par M. TASTET

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