Chine-Afrique : un continent en proie à une dette publique inquiétante

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Nul doute sur le fait que le dernier forum de coopération sino-africaine, tenu à Pékin le 3 septembre 2018, ait ravivé une cristallisation de mécontentements et d’inquiétudes, déjà forte, des populations africaines à l’égard de la Chine. À l’occasion de ce septième sommet entre la Chine et les pays africains (FOCAC), le président Chinois Xi Jinping s’est engagé à investir 60 milliards de dollars USD dans les économies africaines, dont 15 milliards seraient entièrement affranchis d’intérêts, notamment pour les pays les moins avancés du continent.

Cet investissement financier massif de la Chine s’inscrit dans le cadre d’un programme de développement des économies africaines à l’initiative d’une banque chinoise d’investissement public – China Exim Bank . Néanmoins, en dépit d’une croissance africaine soutenue (la Banque Mondiale prévoit une croissance de 3,1% en 2018), la Chine concentre une part importante de la dette publique africaine. D’après le dernier rapport de la Banque Mondiale, la dette africaine se situait à près de 50% du PIB continental fin 2017.

Le risque, pour l’Afrique, est de voir l’ensemble des économies nationales, s’engouffrer dans l’endettement. C’est déjà le cas pour certains pays dont le Congo où la dette publique représentait 120% du PIB en Août 2017, ou encore pour le Mozambique qui s’était déclaré en défaut de paiement. La situation pour 2018 ne semble guère meilleure, d’autant plus que logiquement, les États africains arrivent à une période où les emprunts contractés à l’étranger, doivent normalement être remboursés.

La Banque Africaine de Développement (BAD) estime à ce titre que l’emprunt contracté par les économies africaines, peut constituer un véritable moteur, mais les remboursements doivent alors être échelonnés à juste mesure dans le temps. Mais au-delà du simple aspect financier, existe la vision humaine de l’investissement étranger sur le continent africain. Autrement dit, les contribuables africains peuvent se montrer réfractaires à l’omniprésence d’un investisseur chinois sur le continent africain.

L’exemple kenyan : une dette publique en inquiétante croissance

L’exemple le plus probant à ce sujet reste le Kenya. Au même moment où la France détient 640 millions de dollars USD de la dette publique kényane, la Chine, quant à elle, détient 5 milliards de dollars USD de cette même dette. Il est vrai que la hausse des dépenses publiques de Nairobi s’explique par la volonté du pays de développer ses infrastructures, notamment dans le milieu sanitaire et social, et les transports. Mais il n’en reste pas moins que le gonflement de la dette publique du Kenya inquiète les contribuables du pays.

Les kenyans ont plus que jamais peur d’une forme de néocolonialisme de Pékin, qui pourrait se révéler importante en cas de difficulté à rembourser les emprunts contractés. Sur le plan financier, le risque d’une crise de remboursement de la dette au Kenya est faible, compte tenu d’un bon historique de paiement du pays.

Cependant, la perception du gonflement de cette dette suscite des inquiétudes quant à une présence chinoise qui tendrait à devenir omniprésente dans le secteur public kenyan.
La conséquence d’une telle spéculation autour des investissements chinois, pourrait entraîner au Kenya, mais aussi dans le reste de l’Afrique, sur le terrain des finances publiques, une difficulté supplémentaire pour les pays visés à instituer de nouveaux impôts pour ramener le budget de l’État à un niveau viable.

​Par M. BOUCHACHI-STRAUSS

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