Précarité étudiante : quand études et pauvreté cohabitent

©Libération

Le 8 novembre 2019, Anas K., étudiant à l’Université de Lyon-II, a tenté de s’immoler par le feu devant le CROUS de la Madeleine à Lyon. Cet étudiant en sciences humaines avait laissé un message sur sa page Facebook dans lequel il indiquait avoir de graves difficultés financières. Son geste de désespoir a une dimension éminemment politique. 

Un geste politique, aux conséquences politiques

Mardi 12 novembre, les étudiants lyonnais ont voté le blocage de leur Université. Le lendemain, le campus était bloqué, une intervention des forces de l’ordre a eu lieu. Mais le jeudi 14 novembre le campus a rouvert. L’émotion reste immense. Face au geste désespéré d’Anas, des voix se lèvent pour dénoncer la précarité dans laquelle certains étudiants doivent vivre. Sur Facebook, Anas a laissé un message pour expliquer son geste : « Je n’avais pas de bourses, et même quand j’en avais, 450 € par mois, est-ce suffisant pour vivre ? ». Mais il a aussi pointé du doigt ceux qui pour lui, sont responsables :  « j’accuse Macron, Hollande, Sarkozy, et l’UE de m’avoir tué, en créant des incertitudes sur l’avenir de tout·es, j’accuse aussi Le Pen et les éditorialistes d’avoir créé des peurs plus que secondaires »

Outre la mobilisation dans l’Université d’Anas, c’est une mobilisation nationale des étudiants qui s’opère. Tous se sentent concernés par la situation dénoncée par Anas. Face au risque d’une mobilisation étudiante globale, l’exécutif reçoit depuis le jeudi 14 novembre les différents syndicats étudiants tels que l’UNEF ou FAGE pour trouver des solutions concernant la précarité étudiante. Mais cette réaction du gouvernement intervient après près d’une semaine d’indifférence ou de discours banalisant le geste de l’étudiant. Reconnaissant la gravité de l’acte d’Anas, nombreux sont les représentants qui précisent qu’il « n’existe pas de suicide politique ». Pourtant, dans la lettre laissée par le jeune homme, il semble que ses revendications soient politiques. De plus, nombreux sont ceux qui, dans l’histoire, se sont immolés par le feu à des fins protestataires, comme le moine tibétain Thich Quang Duc. Les étudiants ont d’ailleurs participé au rassemblement du 5 décembre. 

La précarité étudiante : bataille de chiffre 

Lors d’un débat parlementaire, Gabriel Attal, secrétaire d’état, a rappelé les mesures mises en place par le gouvernement d’Emmanuel Macron en faveur des étudiants. Il énumère : une revalorisation d’1.1% des bourses, pas de hausse des frais de scolarités (sans mentionner la mesure visant à augmenter celles pour les étudiants étrangers), la fin des frais de sécurité sociale étudiante… autant de mesures qui, selon lui, prouvent l’implication de La République En Marche pour réduire le coût des études supérieures, une réalité que le gouvernement a “choisi de prendre à bras le corps depuis 2 ans”. Cependant, les faits nous montrent que ces mesures ne sont pas suffisantes. Ainsi, d’après une enquête de l’UNEF réalisée en 2019 : “Pour cette rentrée 2019, le coût de la vie étudiante augmente de 2,83%, soit une augmentation importante qui est bien supérieure à celle de l’inflation qui est de 1,20% sur un an . La précarité étudiante continue ainsi sa forte progression et les étudiant·e·s s’appauvrissent plus vite que le reste de la population sans réelle réaction des pouvoirs publics.”. Toujours d’après cette enquête, le prix des repas en restauration universitaire a augmenté de 1.54%.

Ajoutons à cela les augmentations qui ne sont pas directement le fait du gouvernement et on obtient par exemple une hausse de plus de 11% du prix des logements à Bordeaux entre 2018 et 2019.  Ces chiffres ne sont qu’un extrait du rapport du syndicat étudiant, mais ce dernier prouve point par point que le coût de la vie étudiante augmente, et par conséquent, la précarité aussi. Peut-on réellement ne blâmer que le gouvernement Macronien ? Il semble que la situation économique des étudiants ne se soit nullement vu améliorée depuis les années 70, période où le suicide des étudiants n’a cessé d’augmenter. Nombreux d’étudiants sont obligés d’avoir un emploi à côté de leurs études pour pouvoir vivre. Selon l’Observatoire national de la vie étudiante, ce sont 46% des étudiants qui travaillent en même temps que leurs études pour pouvoir subvenir à leurs besoins. Pour certains, cela a un impact direct sur leur réussite. Le temps passé à gagner de l’argent est du temps en moins pour travailler les cours. 1 étudiant sur 5 vit sous le seuil de pauvreté, 1 sur 3 renonce à se soigner. La précarité étudiante est une réalité concrète, résultat d’une politique française. Ce triste constat est bien celui qui était dénoncé par Anas. 

NB : Comment, en temps que journal étudiant, ne pouvions nous pas mentionner ce fait d’actualité ? Si nous avons à coeur d’être objectifs et neutres, choses que nous ne pourrons être ici, compte-tenu de notre statut, nous nous sommes efforcés de chercher, comme à notre habitude, des informations fiables. Il y aurait de multiples autres choses à évoquer dans cet article. Malheureusement, le format de ce journal ne nous permet pas de le faire. La rédaction vous encourage donc à faire vos recherches, consulter le rapport de l’UNEF, et constater par vous même la situation. 

Nos pensées et notre soutien vont à Anas, sa famille et ses proches, ainsi que les nombreux étudiants en situations précaires.

Par C. MILOUA et C. URSENBACH

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