Macron et le goût de l’Histoire

Discours, photo officielle, commémorations… Les symboles de l’Histoire sont omniprésents dans l’exercice du pouvoir macronien. Chez ce jeune président, le retour au récit national est invoqué sans tabous ni crispations. Entre réelle sensibilité historique et dossiers politiques, Emmanuel Macron fédère et mêle Histoire et mémoires, au risque parfois de heurter.

Sur la photo officielle, elles sont posées sur le bureau élyséen, ouvertes, comme un clin d’œil de l’histoire à celui qui a fondé la Vème République, il y a 60 ans. Les Mémoires de guerre du général de Gaulle inspirent le président jupitérien. L’héritage est assumé. Candidat déjà, E. Macron use des symboles historiques, comme à Orléans, en mai 2016, où il prononce un discours rendant hommage à Jeanne d’Arc, celle qui sut « fendre le système ».

Dans Révolution, le candidat E. Macron déclare : « On ne construit pas la France, on ne se projette pas en elle si on ne s’inscrit pas dans son histoire, sa culture, ses racines, ses figures ». De la pensée à la pratique, il n’y a qu’un pas, et E. Macron président usera abondamment de références historiques.

User des symboles

En déplacement dans le Nord-est de la France début novembre à l’occasion des commémorations de la Grande guerre, E. Macron a honoré la mémoire des poilus « héroïques ». De cette « itinérance mémorielle », le chef de l’Etat entend conjuguer la mémoire d’hier avec les préoccupations actuelles. Lier le passé et le présent, la mémoire et le quotidien, voilà une préoccupation première pour celui chez qui l’Histoire se décline au présent. Dans tout événement historique se trouve une leçon, comme si chaque visite, chaque commémoration était l’occasion d’adresser un message aux français, une mise en garde sur les temps troublés du présent.

Sur le plan diplomatique, E. Macron croise aussi les symboles afin de nouer le dialogue. Le président russe reçu à Versailles, D. Trump à Paris lors du défilé du 14 juillet ou B. Nétanyahou lors des commémorations de la rafle du Vel d’Hiv, autant d’invitations qui résonnent avec la mémoire du passé. Et toujours ce lien entre mémoire du passé et dialogue du présent.

Sur l’Algérie, E. Macron froisse, puis répare. En février 2017, il qualifie la colonisation de « crime contre l’humanité ». Les mots ne passent pas, droite et extrême droite s’offusquent, et très vite, la polémique enfle. Un an et demi plus tard, E. Macron reconnaît la responsabilité de l’Etat français dans la mort du jeune militant Maurice Audin. Pour l’historien Benjamin Stora, « E. Macron veut s’affirmer comme un président de la République qui affronte les pages sombres, sans être encombré par les polémiques anciennes. »

Penser l’Histoire

D’où vient cette conscience historique chez E. Macron ? De ses lectures de jeunesse, il faut retenir un autre moment, décisif : sa rencontre avec Paul Ricoeur. Ce « dialogue intergénérationnel » laissera dans la pensée de l’étudiant une approche constructive de la définition de la France, opposée à une conception figée du roman national. « J’ai appris à penser le siècle précédent et à penser l’Histoire », affirme t-il. « Comme Marc Bloch, je pense qu’il faut refaire le lien entre le sacre de Reims et la Fête de la Fédération, entre Charlemagne et de Gaulle, entre Jeanne d’Arc et Jaurès ».

Stratégie politique ou réelle conscience historique, l’attention portée par le chef de l’Etat à l’Histoire dessine une conviction forte, celle qu’il faut recourir à l’Histoire pour soigner les « blessures de la mémoire ».

Par V. BOITEAU

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